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Localisation : Paris, France

Année : 2021
Cadre : Appel à manifestation - 2ème Rencontre Architecture & Intelligences

Collaboration : Wassim Bouaziz 

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Les outils numériques sont-ils au service de l'architecte ? 

 

Aujourd’hui, la grande majorité des architectes — pratiquant toujours ce métier — perçoivent, de façon presque forcée, les liens entre deux domaines : l’architecture et l’informatique ; plus précisément, les outils informatiques. 

Si les étudiants en école d’architecture prennent conscience de cette rencontre lors de leurs études, certains architectes — plus ou moins jeunes — appréhendent cette interférence directement au cours de leurs pratiques professionnelles. 

 

Ce qui était hier innovant, novateur voire exceptionnel tient aujourd’hui de l’ordinaire. Il en va ainsi des outils informatiques. Seulement, cette rencontre entre informatique et architecture doit se faire en pleine conscience. L’architecte se doit de saisir l’impact de cette technologie sur son processus de conception. Si les architectes travaillent depuis un certain temps maintenant sur des logiciels CAO[1], tel que AutoCAD ou encore la Suite Adobe (Illustrator, Photoshop, etc.), l’évolution des outils informatiques vers le BIM[2] voire l’Intelligence Artificielle (IA) ouvrent à de nouvelles questions. 

Ces outils, devant soutenir l’architecte dans son processus de conception du projet, l’aident-ils vraiment ? L’architecte connaît-il toujours l’outil qu’il utilise ? 

Il ne s’agit pas là de comprendre la simple adaptation aux outils informatiques mais davantage de comprendre l’usage de ces outils dans le processus de production et, surtout, de conception. 

 

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Questionner nos outils

Pour le lancement d’AParA, nous nous devions de questionner nos outils qui nous accompagnent dans notre pratique ; plus précisément, les logiciels que nous utilisons.

 

Basons-nous sur notre expérience personnelle. 

 

Durant notre cursus de formation au sein de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val-de-Seine, nous avons pu percevoir et ressentir une discordance dans la relation portée à l’outil informatique. Si certains apprentissages se font principalement par le dessin à la main — comme outil de création et de réalisation —, d’autres favorisent dès la première année l’usage du CAO et du BIM. 

À titre personnel, notre appropriation des outils CAO et BIM — lors des stages en agence d’architecture — s’est effectuée, au cours des années, par une recherche de gain de temps en production. 

 

Pour être totalement transparent, AParA travaille toujours à la “vieille école“. Adepte de l’utilisation de la main puis des logiciels AutoCAD, Sketchup ou encore Rhinocéros 

pour penser et dessiner ses projets architecturaux, AParA n’utilise pas vraiment les logiciels de son temps, notamment les logiciels BIM. 

 

Pourquoi cela ? 

 

Sûrement, au départ, par appréhension de perdre du temps – que nous n’avons pas  - à apprendre à manipuler un nouveau logiciel. Puis, c’est la crainte de ne pas pouvoir exprimer nos idées par cet outil bureautique. Afin d’être utilisés, ces logiciels nécessitent d’être configurés. Notre manque de compréhension globale d’un logiciel peut handicaper la conception d’un projet et ce, au lieu de la favoriser. 

 

Ce qui nous paraît optimal avec un logiciel comme AutoCAD ce type de logiciel - connaissant évidemment aussi ses nombreuses limites -, c’est qu’il est la continuité de notre main, numériquement parlant. Chaque trait dessiné sur AutoCAD doit être pensé et doit avoir une signification ; pour la simple raison qu’en d’autres cas que si tel n’est pas le cas, il ne serait pas dessiné. Ainsi, comme jadis le dessin à la main, AutoCAD nous assure une totale liberté de dessin. Lors de projets d’aménagement ou de rénovation, par exemple, la liberté qu’offre ce logiciel, nous permet de dessiner chaque élément architectural, chaque lieu de vie ; allant aussi bien des détails constructifs (menuiserie, maçonnerie, charpente, etc.) aux détails d’usages (la table, le pot de fleur, le placard à slips, etc.). 

Cela nous permet aussi de saisir, de façon pleine et entière, le projet que nous dessinons, puisqu’il faut en dessiner chaque détail, et ce, un par un. 

 

Pour l’instant, AParA travaille sur des projets de petites ou moyennes tailles, où l’utilisation des logiciels BIM, par exemple, nous semble peu nécessaire ; les projets de l’atelier allant de la rénovation d’un appartement à l’aménagement d’une cour d’école pour une maternelle parisienne.  De surcroît, AParA ne ressent pas - pour le moment - le besoin d’utiliser des logiciels BIM ou d’autres supports utilisant l’IA. ­ Cependant, il convient de noter que ces outils bureautiques sont pratiques pour des projets de plus grandes ampleurs (mise en connexion de multiples informations entre les différents BET et les architectes, etc.) ; peut-être des échelles de projets pratiqués par AParA. 

 

Ceci étant dit, en vue de futures évolutions dans l’utilisation de nos outils ainsi que le questionnement de nos propres outils actuels, AParA s’est demandé vers quoi tendent les outils informatiques ? Le BIM va-t-il évoluer ? Notre crainte du BIM sera-t-il estompée par la présence de l’IA ? L’IA va-t-elle être présente dans la totalité de nos outils ? 

 

Ainsi, nous avons réalisé un dialogue prospectif et interrogatif des liens entre le développement des logiciels et notre pratique de l’architecture. Une étape sonnant comme une évidence pour AParA, actuellement en plein lancement.

 

Définitions

La docteure en philosophie Marie-Odile Métral-Stiker définie l’outil comme le prolongement de la main de l’homme : un instrument lui permettant dès lors de transformer la nature, de maitriser la matière [3].

Avec l’avènement de la machine et de l’industrialisation, l’outil s’est vu être attribué un caractère négatif laissant place à une nostalgie de l’artisanat. L’homme peut avoir le sentiment de n’être plus qu’un chaînon et non plus un décideur. Ce ressenti s’est poursuivi avec le développement de l’outil informatique et, depuis plusieurs années, de l’IA. Chacun l’aura compris, aussi bien loué que blâmé, l’outil informatique fait débat.

 

Ce sentiment peut être retranscrit en architecture. Aujourd’hui, l’architecte se trouve de plus en plus épaulé par l’IA. C’est sur ce sujet que nous allons nous pencher.

Quelles sont les limites à cette assistance “intelligente“, afin de ne pas devenir uniquement spectateur ? Comment conserver la sensibilité humaine face à l’Intelligence Artificielle ? Arriverons-nous au jour où la question sera de savoir : à quoi sert l’architecte ?

 

En effet, de nombreuses questions éthiques, comme pratiques, émergent face à cette association entre architecture et IA. De plus en plus interrogé, cette association est génératrice de débat au sein de la discipline.Cette “fusion“ fait l’objet de recherches sur ses effets positifs et prometteurs comme aussi bien que sur ses effets négatifs que cette dernière pourrait causer et engendrer. 

Logiciels IA.0

Les recherches au sujet de cette association — entre création architecturale et logiciels informatiques et numériques — voient de plus en plus le jour. Concrètement, au travers de mémoires, de thèses ou encore d’expositions avec récemment « AI & Architecture » tenue au Pavillon de l’Arsenal à Paris en février 2020 [4]. Ces multiples travaux retracent l’évolution de cette association au fil du temps et a permis une meilleure compréhension de cet outil. 

 

C’est dans la mouvance de ces travaux que nous allons nous placer. Non pas dans la volonté d’apporter une nouvelle pierre à cet édifice, mais plutôt dans l’idée de questionner notre propre pratique, au moins dans un premier temps. 

De plus, nous sommes loin d’être des experts du domaine informatique ou numérique. Alors, pour ce travail, nous serons assistés par Wassim Bouaziz, diplômé de CentralSupélec en informatique et de l’ENS Paris-Saclay en mathématiques et intelligence artificielle. Wassim Bouaziz a pu mettre en avant différents logiciels — principalement toujours en phase d’étude— qui pourraient avoir des liens avec notre pratique de l’architecture. Le corpus de logiciels choisis n’est pas exhaustif et correspond aux logiciels sur lesquels nous avons le plus discuté. 

Ce regard scientifique et technique nous permettra ainsi de comprendre le fonctionnement des différents logiciels, leurs logiques et donc les liens qu’il pourrait y avoir avec le métier d’architecte. 

 

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- Dall.E : Creating image from text - https://openai.com/blog/dall-e/ 

Le premier logiciel sur lequel nous avons pu discuter est Dall.E : Creating image from text. Dans un récent travail de recherche, Open AI a proposé Dall.E, qui est un modèle capable de générer autant d’images que l’on souhaite à partir de phrases données par l’utilisateur. Le modèle développé, au moyen de l’IA, va pouvoir, pour lui-même, générer des images qui n’existaient pas encore.

Ces modèles sont tous entraînés sur des bases de données. C'est-à-dire que l’algorithme cherche à optimiser ses performances pour un objectif donné, selon des mesures imaginées par les chercheurs. Les performances de ces mêmes modèles sont ensuite évaluées, potentiellement selon d’autres mesures et avec d’autres données. En d’autres termes, les bases de données influencent le résultat escompté, les données de base — ici, des images de références architecturales — doivent ainsi être nombreuses et bien choisies pour de potentiels résultats positifs ; sans parler de la performance même du modèle. 

D’un point de vue d’architecte, ce modèle pose plusieurs questions. 

 

À quel moment pourrait-il être utile ? 

Lors de premiers contacts avec des clients, les besoins, les demandes et les goûts sont parfois flous de la part de ces derniers. Une assistance comme celle-ci pour l’architecte serait susceptible de lui permettre de gagner du temps en générant des exemples de perspectives afin de bien comprendre les besoins des clients. Nous viendrons ainsi, en tant qu’architecte, concrétiser cette demande, ces besoins ; autrement dit, ces images proposées par l’algorithme et validées par les clients. 

Pour autant, ceci met en avant un risque — peut-être trop grand — et des interrogations pour notre pratique. 

 

Quelle serait la qualité architecturale d’un projet initialement développée par l’IA ? Le rôle de l’architecte deviendrait-il uniquement technique, donnant vie à cette image ? Ou encore, qu’elles peuvent être les conséquences sur l’imagination et la mise en question d’un projet ? Avec une image générée avant même le temps de conception de la part de l’architecte, une idée, - une image même-, sera inscrite de façon consciente ou inconsciente dans l’imaginaire de toutes les parties, influençant alors certainement trop nettement les hypothèses de projet par la suite. L’architecte devenant peu à peu esclave du logiciel — certainement par gain de temps — et ne devenant plus que technicien, les clients souhaitant réaliser l’image modélisée sans s’ouvrir à d’autres propositions. 

 

En extrapolant un peu, il est possible de voir les avantages mais aussi les inconvénients que cette avancée technologique peut représenter ; aussi bien pour le métier d’architecte que sur les projets architecturaux. Le modèle pourrait être utilisé de multiples manières durant le processus de projet architectural. Ce qui est primordial ici est de prendre connaissance et conscience de l’existence de ce modèle et en comprendre les potentielles conséquences ; positives ou négatives.

 

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- Generative Adversial Networks – https://github.com/justinpinkney/awesome-pretrained-stylegan2#floor-plans 

L’IA comme potentiel assistant de l’architecte — avant de lui prendre sa place ? — peut être vu aussi avec ce deuxième modèle : les Generative Adversial Networks. 

Ces modèles sont capables, à partir d’une base d’exemples, d’apprendre à générer des nouvelles données. Les versions actuelles les plus performantes sont à l’origine d’outils comme This Person Does Not Exist [5], capable de générer de nouveaux visages.

Ce modèle peut être entraîné avec n’importe quel ensemble cohérent de données, et notamment, dans le cas qui nous intéressent, des plans avec Github Foor Plans [6].

De nouveau, il s’agit d’un modèle qui peut réaliser des images inédites à l’aide l’IA. Ici En l’occurrence, les plans générés par l’algorithme sont rarement cohérents, voire jamais. L’IA reprend simplement les codes des images de références données sans pour autant avoir encore l’intuition de créer des plans logiques par la suite. Mais ceci soulève tout de même des questions. 

Encore une fois, ce logiciel permettrait d’avoir un gain de temps pour l’architecte en l’alimentant de potentielles bases de projet. Finalement, de faire presque le “plus dur“ du travail. Mais qu’en est-il du résultat, aussi bien au niveau économique que vital ou encore social ? Allons-nous vers une diminution — voire pire — de l’intuition humaine ? Le regard sensible d’un architecte sur le contexte où se développe le projet se perdra-t-il ? 

 

Pour autant, ces logiciels permettraient aussi d’ouvrir à de nouvelles propositions de projet l’architecte, dont il n’aurait pas eu idée. 

Ainsi, ces logiciels peuvent être vus comme un gain (économique, temporaire, etc.) dans le travail de l’architecte, ou bien, au contraire, des outils le desservant. Mais une chose est sûre, les architectes doivent se saisir des avancées technologiques de leur temps. Et ce, pour deux raisons :

- pouvoir comprendre ces évolutions et ainsi se les approprier ou s’en affranchir tout en sachant pourquoi ;

- orienter dans le “bon sens“ — encore faut-il le définir — les recherches et le développement de nouveaux modèles informatiques et numériques. 

 

Comme le faisait remarquer Wassim Bouaziz lors de nos entretiens, les architectes sont très peu présents aux conférences et aux échanges autour de ces nouvelles avancées informatiques. Ainsi, la présence et l’implication d’une pluralité d’architectes aux regards variés permettraient, peut-être, de développer des logiciels plus adaptés aux besoins des architectes. 

 

- Spacemaker - https://www.spacemakerai.com/fr

D’autres modèles, à l’instar de ceux développés par Spacemaker, assistent déjà les architectes avec l’aide de l’IA. Des logiciels sont développés permettant d’intégrer de nombreuses données comme la géolocalisation, les vents, l’ensoleillement, le contexte bâti, les flux piétons et des véhicules, etc. afin de mieux comprendre les 

enjeux “technico-climatiques“ globaux d’un lieu, ainsi que des hypothèses d’aménagement de futures constructions en prenant en compte les données calculées précédemment. 

Finalement, ce logiciel permet la possibilité de faire une étude de faisabilité en quelques heures au lieu de quelques jours/semaines. Un gain de temps évidemment conséquent. 

Pouvons-nous, alors, parler de futures architectures contextualisées, aussi bien au niveau urbain que climatique ? 

 

Oui et non. 

Oui, parce que prendre en compte toutes les données techniques et climatiques d’un lieu est primordial pour un projet architectural en adéquation avec son contexte. Cela est déjà un pas conséquent vers des projets urbains et architecturaux qui pourraient prendre en compte l’environnement au sens large, allant des enjeux sociaux aux enjeux environnementaux. De plus, ces logiciels peuvent aussi permettre une meilleure gestion des matériaux, des économies de moyens et donc aller vers des projets plus économiques ; et (peut-être) écologiques ? 

Mais quelles sont les limites de ces logiciels ? Irons-nous vers des architectures standardisées et reproduites sans lien avec leurs besoins contextualisés ?  

 

Non, parce que, malheureusement, ces logiciels ont pour but de diminuer le temps d’appropriation de ces informations par l’architecte. Le temps est ce qu’il manque toujours. Mais le temps est un facteur cardinal afin de comprendre un lieu, un site, un contexte, un territoire. Ces derniers doivent être vécus et arpentés mais aussi étudiés dans le temps pour en tirer les informations qui permettront de développer un projet réellement contextualisé, répondant aux besoins d’un lieu. Sans aller jusqu’à une permanence architecturale — encore que… — l’architecte pourrait prendre le temps de comprendre un contexte avant d’y imposer ses réflexions ; bien sûr des choses plus faciles à dire qu’à faire. 

 

Ces logiciels, limitant drastiquement le temps d’appropriation, pourraient représenter un risque d’appauvrissement des futurs projets territoriaux, urbains et architecturaux. 

 

Non aussi, car si le choix des propositions urbaines ou architecturales est délaissé un jour à ces logiciels, les normes dicteront alors les projets et n’ouvriront pas à des hypothèses, à des interprétations et donc à l’intuition et la sensibilité humaine d’un lieu et d’y répondre au mieux. 

Il faut savoir que l’IA, ne pouvant faire de choix par sensibilité [7], ne pourra choisir entre deux possibilités urbaines aux aspects techniques similaires, qui sont différentes sur des caractéristiques sociales ; alors qu’un humain serait en capacité de juger. 

Si l’IA réduit le temps de conception pour répondre à un besoin croissant de construire toujours plus vite et toujours moins cher, elle semble délaisser, entre autres, la sensibilité d’un lieu.

 

- House GAN++ Generative Adversarial Layout Refinement Networks – https://arxiv.org/pdf/2103.02574.pdf 

Le dernier exemple est peut-être le plus frappant à nos yeux. Certainement car ce programme est pensé pour des architectes travaillant à la même échelle du projet que la nôtre. 

Ce programme, développé en partie par Autodesk, permet la génération automatique de plans grâce à des algorithmes d’apprentissages non supervisés ; pour ces termes nous feront confiances à Wassim Bouaziz. Pour le dire autrement, le programme va pouvoir générer des plans à l’aide des informations que l’utilisateur lui fournit. L’IA va traduire ces informations afin d’en sortir des plans, plus ou moins logiques. 

 

L’utilisateur va faire part de ses souhaits : nombre de pièces et caractéristiques (chambre, cuisine, salle de bain, etc.) ainsi que les connexions qu’il souhaite entre elles (chambre directe sur le salon, la salle de bain collée à la cuisine, etc.) grâce à une sorte de carte (Litmaps[8]) permettant donc de pouvoir traduire cela en plan. Le logiciel va alors pouvoir générer une multitude de plans en quelques minutes voire secondes. Les plans s’adapteront bien sûr lorsqu’une variable sera changée par l’utilisateur. Ici, le logiciel, et donc l’IA, peut être vu comme doué d’intuition. 

Mais est-elle douée de sensibilité ? 

De plus, ce programme questionne véritablement la place de l’architecte dans la phase de conception. Si monsieur-et-madame-tout-le-monde peut générer des plans à l’aide de ce logiciel, alors l’architecte est-il toujours utile dans sa faculté de vision de l’espace ? 

 

Comme dans l’exemple vu précédemment, ici le logiciel peut être envisagé comme un moyen de raccourcir le temps de conception de l’architecte ; voire de le supprimer. Et quand on sait que le temps, c’est de l’argent… 

Mais il peut être vu aussi comme un moyen de générer des aménagements dont l’architecte n’aurait pas eu idée. Ce type de logiciel peut être vu comme une source d’inspiration pour, par la suite, développer des projets sensibles, répondant aux besoins des clients et, dans le même temps, en adéquation avec les valeurs de l’architecte qui se serait approprié cet outil. 

 

Finalement, nous revenons à ce qui a pu être dit au début de cet écrit. Il n’est pas question de savoir si ces logiciels sont “bons“ ou “mauvais“. Mais véritablement de s’en saisir, de comprendre vers quoi notre métier pourrait évoluer, s’approprier ces évolutions et pouvoir ainsi les maîtriser, d’en connaître les limites afin de toujours essayer de faire une architecture pensée, sensible, contextualisée et durable. 

Savoir choisir ? 

Au cours de cet article, AParA a voulu aussi bien questionner ses propres outils et ses façons de travailler, ainsi que les outils, les programmes, les logiciels qui pourraient voir le jour de façon ordinaire dans quelques mois ou années. 

Il a été possible de voir que le développement de ces nouveaux outils est toujours en lien avec une question de temps et, plus précisément, une volonté de gagner du temps. 

Mais, pour nous, connaître et choisir ses outils c’est aussi savoir comment nous utilisons notre temps, le temps d’un projet.

 

Dans notre activité, il arrive que des clients nous demande des délais courts, souvent trop courts, pour la conception de leur projet. Évidemment, la question économique revient toujours. Plus la conception est courte, plus vite il est possible de passer à l’étape de l’exécution et des travaux, et plus vite le projet pourra voir le jour. 

Mais ce que ne prennent pas forcément en compte ces clients-là, est que le raccourcissement du temps de conception de leur projet peut rendre ce dernier nettement plus pauvre, et impacter aussi bien la richesse architecturale qu’avoir un impact économique négatif ; sans parler écologiquement.

Explications.

Le temps est un facteur essentiel et ne doit être réduit qu’à des fins économiques. Lorsque nous commençons à dessiner et penser un projet, nous nous approprions le dessin et développons ainsi un projet logique et contextualisé. Ce temps d’appropriation et de conception est alors un moment, une étape dans un projet qui ne devrait pas être supprimé ; étant une étape cruciale. 

Malheureusement, de notre point de vue, l’IA accentue cette course au temps et tend à tronquer cette étape. Cette étape où tout architecte teste, questionne, expérimente avant de sortir une idée — plus ou moins bonne — à développer afin de répondre au mieux à des besoins, à un lieu, etc. Ce temps de conception s’effrite peu à peu depuis un certain temps maintenant, et ne devrait pas se réduire davantage à cause des nouveaux outils et de l’IA prenant de plus en plus de place.

 

Néanmoins, l’IA pourrait avoir toute sa place et son utilité dans la phase de production d’un projet (documents graphiques, maquettes, etc.), comme une assistance à l’architecte. Ce temps de production, déjà réduit par les logiciels BIM, pourrait être réduit aussi par l’IA et les futurs outils développés. Ceci afin de laisser plus de place à la phase de conception ainsi qu’à l’exécution du projet, allant du choix des matériaux jusqu’au suivi et à la livraison de chantier.  

 

Ce gain de temps pourrait permettre, par exemple, à l’architecte de se pencher plus amplement sur des logiques écologiques, aujourd’hui au cœur de notre société : choix des matériaux et provenance, économie de moyens et de construction, étude de l’énergie grise du bâtiment, etc. 

En plus de cet exemple, l’architecte pourrait aussi consacrer plus de temps lors du chantier de son projet, et cela peu importe l’échelle de ce dernier. L’étape du chantier et de son suivi représente une grande partie dans le métier d’architecte. Le réel exercice de l’architecte est, tout de même, que ce qu’il a pensé et dessiné, soit construit jusqu’au détail près. Cette phase du métier d’architecte est souvent mise de côté et peu prise en compte — cf. programme des écoles d’architecture, entre autres, où cette étape n’est que très peu explicitée — alors qu’elle a toute son importance. Gagner du temps, grâce aux futurs outils ou à l’IA, semble être alors enrichissant, dans l’hypothèse où ce temps permettrait une meilleure réflexion et mise en œuvre des projets architecturaux. 

 

 

Pour conclure, ces quelques lignes nous ont permis de questionner nos outils, de comprendre pourquoi nous utilisons encore des logiciels comme AutoCAD (sonnant comme un retour dans le passé pour de nombreux architectes) en lien avec notre mode de conception et de travail ainsi que de percevoir, avec l’aide de Wassim Bouaziz, les recherches et évolutions de nos potentiels nouveaux outils. 

 

De plus, cet article a pu donner lieu à une intervention dans le cours magistral de Mme. Stéphanie Boufflet et M. David Serero “Urbanité 2.0“ dispensé à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val-de-Seine en troisième année de Licence, en mai 2021. 

Ce que nous avons pu retenir de nos recherches ainsi que de nos discussions avec Wassim Bouaziz, Stéphanie Boufflet, David Serero et des élèves de troisième année est la pertinence de questionner nos usages et de nos outils. 

Pour le moment, si AParA ne ressent pas le besoin d’utiliser de nouveaux médiums, il est néanmoins primordial de bien comprendre notre processus de conception et donc les outils que nous utilisons. Dans notre pratique et notre échelle, nos outils actuels sont suffisants mais nous avons le devoir de connaître ce qu’il se passe autour de nous. Bien sûr, dessiner sur AutoCAD puis Rhinocéros ou Sketchup prend plus de temps que des logiciels BIM ; impactant forcément notre travail et donc le temps passé sur les projets de nos clients. Mais cela ne pose pas de problème lorsque nous nous sentons libres dans notre dessin, conscient de nos choix, de pouvoir dessiner les détails et les usages qui nous semblent représenter — pour le moment — notre approche sur les projets architecturaux. 

 

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[1]. CAO : Conception Assistée par Ordinateur

[2]. BIM : Building Information Modelling

[3]. MÉTRAL-STIKER Marie-Odile, « OUTIL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 6 avril 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/outil/

[4]. « AI & Architecture », Stanislas Chaillou, Isola & Al, Caitlin Muller & Renaud Danhaive, Kyle Steinfeld, 2020, Pavillon de l’Arsenal  

[5]. This Person does not exist, [en ligne] consulté le 6 avril 2021. URL :  https://thispersondoesnotexist.com/

[6]. PINKNEY Justin, “Awesome Pretained Style GAN”, [en ligne], consulté le 6 avril 2021. URL : https://github.com/justinpinkney/awesome-pretrained-stylegan2#floor-plans

[7]. L’IA n’est pas (encore) doté de sensibilité — contrairement à un humain — contrairement à une forme d’intuition, qu’elle sait utiliser pour répondre aux mieux à des tâches demandées. 

[8]. Litmaps, Discover Science Faster, [en ligne] consulté le 6 avril 2021, URL : https://www.litmaps.co