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Localisation : Paris 

Année : 2021
Cadre : Recherche & Intervention  "Projet & Interrogations" au sien du cours magistral "Urbanité 2.0" séance "Étudiant 2.0 - Questionner la pratique"  à L'ENSA Paris Val-de-Seine.

Collaboration : Wassim Bouaziz 

 

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Les outils numériques sont-ils au service de l'architecte ? 

 

 

5x2,5=12,5m2. Voici les mesures d’une place traditionnelle de stationnement, un morceau d’espace public mis à la disposition des voitures. 

Les véhicules motorisés ont pris une place majeure dans les espaces publics de nos villes. Routes, rues, parkings et certaines fois même trottoirs, quais, places, les véhicules possèdent les rez-de-chaussée de nos espaces urbains.  

 

Alors, questionner la place de la voiture ainsi que l’usage et l’appropriation de l’espace public, peut-il passer par un certain urbanisme tactique : Park(ing) Day et WePark ? 

 

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Définitions 

 

Urbanisme tactique 

Premièrement, qu’est-ce que l’urbanisme tactique ? Ce dernier peut être décrit comme une intervention urbaine reconnaissable en trois points : à petite échelle, à coût réduit et surtout une occupation éphémère dans un temps imparti. 

Comme le décrit Mike Lydon (2012), l’urbanisme tactique a l’ambition d’avoir des « actions à court terme pour un changement à long terme »1 . La volonté de cet urbanisme est réellement de questionner l’usage de l’espace public durant un laps de temps court et donc de faire connaître aux institutions publiques certains besoins de la part de citoyens, qui ne sont pas ou peu pris en compte ou mettant du temps à se développer en raison du temps long du projet urbain. 

Ainsi, l’urbanisme tactique a la possibilité d’agir vite, de façon localisée et alors de répondre à certains besoins. 

 

Park(ing) Day & WePark

Ce type d’urbanisme va ainsi être expérimenté en 2005 à San Francisco (États-Unis) pour questionner la place de la voiture. Le collectif Rebar va développer le Park(ing) Day afin d’appeler à la réappropriation des places de stationnements. Diverses installations sont mises en place. L’action se déroule alors durant une journée et va même s’internationaliser pour devenir un évènement annuel (le 3ème vendredi du mois de septembre). 

 

Si Park(ing) Day questionnait — et questionne toujours — l’usage de l’espace public et la place de la voiture, WePark va mettre en évidence un autre point important, le prix des loyers des locaux commerciaux et des co-workings toujours plus croissant dans les métropoles. Le 25 avril 2019, Victor Pontis, entrepreneur, s’installe dans la rue, sur une place de stationnement afin d’y travailler. Muni d’une table, d’une chaise, de son ordinateur, et ayant payé le stationnement, il déclencha le phénomène #WePark. 

Ce dernier est repris dans plusieurs villes dans le monde, comme à Toulouse en mai de la même année.2 

 

 

Covid-19Park

 

Mais voilà, deux ans ont passé et le phénomène WePark n’a pas pris l’ampleur escomptée. Une politique urbaine trop technocratique a-t-elle empêché le développement de ce phénomène d’appropriation de l’espace public ? Peut-être. 

Cependant, nos vies ont changé. Malheureusement, et ceci depuis maintenant plus d’un an, la Covid-19 est présente. Alors, en pleine crise économique et sanitaire, le phénomène WePark pourrait avoir l’occasion de s’émanciper. 

 

En effet, avec la crise de la Covid-19, les restaurants se sont vus autorisés à s’approprier de façon éphémère des places de stationnement afin de créer des terrasses extérieures. 

À l’inverse, les accès aux universités sont limités, les co-workings sont fermés, les espaces tertiaires ne sont pas adaptés aux restrictions sanitaires, ainsi une grande partie des étudiants et télé-travailleurs se retrouvent enfermés dans de petits logements, souffrant de cette situation. 

Avec l’arrivée des beaux jours et l’autorisation de sortir en extérieur dans un périmètre de 10km autour de chez soi (sans restriction de temps mais en limitant les regroupements à 6 personnes), WePark pourrait être une réponse temporaire — possiblement pérenne ? —  à ce besoin d’espace.

 

Mais pas uniquement. 

Concernant Paris (localisation où se développe actuellement AParA), Covid-19Park, et WePark plus généralement, pourraient aussi reprendre une place laissée de plus en plus vacante par la voiture : « le taux d’équipement en voitures des ménages parisiens connaît […] une tendance à la baisse, passant de 45 à 35 % en dix ans »3. Reprendre cette place de façon pérenne ? 

 

Par sa dimension moyenne de 5m par 2,5m une place de stationnement va limiter les regroupements ; et donc être potentiellement en accord avec les règles dues à la Covid-19 (distanciation sociale, ventilation naturelle des espaces, …). Il est possible de partir sur une capacité d’accueil jusqu’à 4 travailleurs avec une table de 1mètre par 2. 

Avec un tarif moyen d’environ 4€/heure de stationnement — peut-on le dire pour des humains ? — pour Paris et sa petite couronne, 3h de co-working Covid-19Park, divisé par 4 travailleurs, reviendrait à 4€/3heures/personne. Un tarif bien inférieur à ceux pratiqués habituellement dans les espaces de co-working, autour de 5€/heure/personne. 

 

Le confort n’est peut-être pas le même que dans un espace intérieur de co-working mais l’appel à la convivialité, au partage et la productivité non plus. L’occupation d’une place de stationnement, comme lieu de travail, est intéressante financièrement dès l’occupation par une seule personne. Cependant, l’occupation devient très encourageante dès que le nombre de travailleurs/participants croît. Une étude, de l’Université de l’Oregon, sur le rapport entre travail et espace extérieur développe que l’absentéisme diminuerait de 10%.4

De plus, travailler en plein air « suscite des échanges différents et permet de casser les fonctionnements hiérarchiques traditionnels. C’est aussi de nourrir la créativité des équipes ».5